Anne Hidalgo

Solidaires des femmes espagnoles, nous nous mêlons de ce qui nous regarde au-delà des frontières nationales !

Tribune publiée simultanément dans le quotidien espagnol El País et sur le site LeMonde.fr

Vous aussi signez la pétition d'Anne Hidalgo pour le retrait du projet de loi anti-avortement en Espagne.

Solidaires des femmes espagnoles, nous, femmes politiques françaises, appelons le gouvernement espagnol à retirer son projet de loi sur l'avortement. Nous demandons à toutes les femmes, quelle que soit leur appartenance politique, de se mobiliser pour ce combat fondamental pour notre société.

Nous demandons au gouvernement espagnol d'écouter les femmes et les hommes de son pays qui depuis plusieurs semaines se mobilisent. Ce projet, qui n'autoriserait l'avortement que dans des cas extrêmes (danger pour la santé de la femme ou suite à un viol), marquerait un retour en arrière dangereux dans un pays où les droits des femmes ont été au cœur des débats politiques ces dernières années. Une véritable régression !

Nous le savons bien : c'est l'Espagne qui a montré à l'Europe la voie en matière de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. C'est l'Espagne qui a inspiré la loi française de 2010 instaurant l'ordonnance de protection et créant le téléphone grand danger pour les femmes victimes de violence. L'Espagne ne peut être aujourd'hui le pays du grand retour en arrière.

Le droit des femmes à disposer de leur corps n'est pas un supplément d'âme dans une société qui se targue de construire l'égalité. Il s'agit d'un droit fondamental, c'est le socle de l'égalité. C'est le signe principal de l'émancipation des femmes dans la société.

La liberté des femmes de choisir d'avoir ou non un enfant est la clé d'entrée pour l'ensemble des autres droits. Sans liberté de disposer de son corps, il n'est pas possible d'imaginer l'égalité dans le couple ou la famille, l'égalité dans l'entreprise ou dans la sphère publique.

En France, dès 1975, Simone Veil, figure de la politique nationale et européenne, apportait cette avancée démocratique essentielle pour les femmes, soutenue par les familles politiques de droite et de gauche, car ce sujet appelle au dépassement des clivages traditionnels.

Aujourd'hui dans le monde, une femme meurt toutes les neuf minutes des suites d'un avortement clandestin. Refuser ce droit fondamental aux femmes espagnoles aura des conséquences graves en termes de santé publique. Même dans des pays où les autorités accompagnent une information sur la contraception, l'avortement est un droit fondamental.

Nous sommes solidaires des femmes espagnoles, c'est pour cela qu'à travers cet appel, nous nous mêlons de ce qui nous regarde, toutes et tous, au-delà des frontières nationales.

Premières signataires :

Anne Hidalgo, (première adjointe au maire de Paris), Clémentine Autain (féministe, directrice d'édition), Roselyne Bachelot (ancienne ministre de la santé), Michèle Barzach (ancienne ministre de la santé), Martine Billard (ancienne députée), Jeanette Bougrab (ancienne ministre), Marie-George Buffet (députée des Hauts-de-Seine), Caroline de Haas (féministe), Catherine Coutelle (députée, présidente de la délégation nationale des droits des femmes), Michèle Sabban (vice-présidente de la région Île-de-France), Yvette Roudy (ancienne ministre du droit des femmes et ancienne parlementaire), Dominique Voynet (maire de Montreuil) et Rama Yade (ancienne secrétaire d'État chargée des affaires étrangères et des droits de l'homme).

Publié le samedi 25 janvier 2014 à 12h10