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Nous devons créer le patrimoine du XXIe siècle




A l’occasion d’un dossier réalisé par Le Parisien sur les évolutions de Paris dans les dix ans à venir, je suis revenue sur les projets que nous menons et ce qu’ils supposent d’évolutions pour notre ville. Je vous propose de retrouver ci-dessous mon interview, publiée le 12 novembre :

La richesse du patrimoine de Paris « ville-musée » laisse t-elle de la place au dynamisme architectural dans la capitale ?

Anne Hidalgo : J’en suis convaincue. Paris n’est pas une ville-musée mais un lieu habité ouvert et vivant. Il y a bien sûr une exigence particulière à respecter lorsqu’on intervient sur la forme urbaine de cette ville qui est un bijou. Mais en même temps, il faut se donner les possibilités de créer ce que sera le patrimoine du XXIe siècle. Avec des apports contemporain très modernes, y compris dans l’hyper-centre lorsque c’est faisable. Respecter le patrimoine de Paris ne veut pas dire le reproduire à l’identique et faire du plagiat de l’urbanisme haussmannien. Nous sommes confrontés à de nouveaux défis qui ne peuvent pas être abordés avec les instruments du XIXe ou du XXe siècle.

Vous voulez parler du défi de la création de logements ?

La question de la mixité sociale est effectivement extrèmement importante dans le projet que nous portons depuis 2001. Elle a des conséquences très concrètes en matière d’urbanisme. Notamment dans la façon de gérer la très grande densité de Paris. Notre politique de logement social _sans précédent et sans équivalent dans les autres grandes métropoles_ nous a ainsi conduit à déplafonner, à certains endroits, la hauteur maximum des bâtiments (NDLR : normalement fixé à 37 m par le plan local d’urbanisme). La construction de quelques immeubles de logements de 50 m de haut (soit15 étages) et de grands équipements emblématiques (la tour Triangle ou la future cité judiciaire) changera effectivement la physionomie de Paris.

C’est le retour à l’urbanisme vertical des années 70-80 ?

Non. Ces constructions « déplafonnées » ne seront acceptables qu’à deux conditions. D’abord, il faut qu’elles soient d’une qualité architecturale exemplaire. Il ne s’agit pas de reproduire les erreurs de Beaugrenelle ou des Olympiades. Ensuite, il faudra qu’elles respectent en tout point les exigences du plan climat. Le défi climatique nous oblige dans la façon dont nous fabriquons la ville à intégrer tout ce qui va permettre de limiter l’empreinte carbone de la métropole : les toits ou les façades végétalisées, les méthodes de construction, la façon dont on aménage l’espace urbain pour laisser plus de places aux circulations douces, la reconquête des voies sur berges...

Selon leurs détracteurs, ces aménagements de l’espace public (qui réduisent la place accordée à la voiture) se font au détriment du dynamisme économique de Paris...

Je crois au contraire que l’inventivité et les innovations urbaines renforcent l’attractivité de la capitale. Plus une ville est dense, plus l’aménagement d’un espace public de qualité devient un enjeu majeur. Je discutais récemment avec des créateurs de mode qui me disaient que si Paris a pu retrouver sa place de capitale de la mode, c’est aussi parce que nous y avons créé un climat d’innovation. Vélib’ a fait plus pour l’attractivité économique de Paris que d’autres mesures de crédits d’impots par exemple.

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