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La parole à... Gilles Alayrac, Conseiller de Paris et du 15ème


Je suis convaincue que la réussite de l’action de la Mairie de Paris passe par un travail en bonne intelligence entre toutes celles et tous ceux qui sont déterminés à donner un temps d’avance à notre capitale. Je tiens donc à ce que mon blog soit aussi la tribune d’expression de toutes ces personnes.

Dans cet esprit, je vous propose de lire un billet d’humeur de Gilles Alayrac, Conseiller de Paris et du 15ème arrondissement (PRG), où mon collègue revient sur l’étrange Forum de la sécurité et des libertés, organisé dernièrement à la Mairie du 15ème :

Une petite réunion entre amis

Je ne résiste pas à l’envie de raconter ce que j’ai vu et vécu ce mardi 14 avril à la Mairie du 15ème.

Ce soir-là, le Maire du 15ème, Philippe Goujon, recevait. Et il y avait du beau monde puisque devait officier le Préfet de Police de Paris en personne, accompagné de son état-major, pour un Forum sur la sécurité et les libertés.

La réunion était publique et j’y étais convié par pas moins de quatre courriers signés du député-maire ( !) ainsi qu’un appel téléphonique d’un proche collaborateur du Préfet m’expliquant qu’il s’agissait d’une réunion "républicaine" (sic) voulue par la Ministre de l’Intérieur et que l’on souhaitait que j’y figure "en bonne place" - au premier rang d’ailleurs ; et même que je m’y exprime pour qu’un élu de la majorité municipale puisse donner son avis sur cet important sujet et, qu’enfin, le maire de l’arrondissement serait certes à la tribune mais que les débats seraient animés par le Préfet.

Bref, toutes les garanties étaient réunies – du moins le croyais-je - pour qu’un élu de gauche puisse se rendre, sans crainte d’être critiqué ou récupéré, à cette manifestation de caractère "républicain".

Comment donc ne pas répondre favorablement ?

La réalité fut un peu différente...

Nous eûmes d’abord droit à une bonne heure et demie de monologues des autorités (la Préfecture de Police et le Maire du 15ème) très satisfaites du bilan en matière de sécurité, des lois votées. Et si le nom de Michèle Alliot-Marie ne fut pas prononcé plus d’une fois ou deux, celui de Nicolas Sarkozy agrémenta, toutes les deux ou trois minutes, les interventions.

Puis vint le tour du public de s’exprimer.

Après avoir écouté plusieurs questions, je demande la parole à l’animatrice de la soirée, issue de la police. Elle ne peut pas ne pas me voir, je suis au premier rang et elle, à un mètre de moi.

Je lève donc le doigt une fois, elle passe le micro à quelqu’un, deux fois, de nouveau le micro s’éloigne, trois fois, pas de chance, le micro est pour quelqu’un d’autre.

Pendant ce temps, la soirée s’avance et je ne parle toujours pas. Le Préfet, lui, et le Maire du 15ème, ne se privent pas de répondre en prenant leur temps et...de citer Nicolas Sarkozy... Que faire ?

Je lève le doigt encore une fois, puis une autre... La situation devient embarrassante. Il faut agir ou partir. Je décide donc de m’adresser à l’animatrice de la soirée et lui fait part de mon souhait de parler.

"Je souhaiterais intervenir".

Pas de réponse. Et le micro repart vers un monsieur qui n’en peut plus des SDF devant chez lui.

"Madame, j’ai demandé la parole, j’aimerais pouvoir parler".

Elle ne peut ignorer que je suis un élu, je suis entouré par 20 autres collègues, tous de l’UMP, tous devant, comme moi !

"Pourquoi souhaitez-vous le micro ?"

J’explique alors les conditions dans lesquelles j’ai été convié et mon étonnement face à cette question. Elle ne cille pas.

"Mais que souhaitez-vous dire ?"

Je dois alors calmement expliquer à cette fonctionnaire impartiale que jusqu’à nouvel ordre, je ne donne à personne le contenu de mes interventions et que je n’entends pas le faire ce soir mais que si on ne voulait pas donner la parole à l’opposition dans une réunion "républicaine", qu’elle me le précise...

Pendant ces tentatives, à la tribune, on regarde ailleurs et on reste de marbre, pour ne pas s’apercevoir qu’un élu du 15ème a des choses à dire, peut-être pas tout à fait convergentes avec la pensée unique qui s’exprime ce soir-là.

J’ai donc enfin pu parler.

Naturellement, la tribune et une partie de la salle qui avait déjà follement applaudie l’arrivée du Maire dans la salle puis chacune de ses interventions, n’ont peut-être pas apprécié que quelqu’un rompe le délicieux consensus pour l’entendre dire que les statistiques des actes violents explosent ces dernières années, qu’on peut avoir des appréhensions avec le doublement du nombre de gardes à vue en 20 ans, qu’il faut que la police trouve le ton juste pour dialoguer avec les jeunes et qu’enfin, il ne sert à rien de demander le doublement ou, pourquoi pas, le triplement des caméras dans le 15ème, avant d’avoir évalué si ça avait marché.

Cette même partie de public ne pouvait plus m’entendre quand je demandais au Commissaire de police d’améliorer l’accueil du public et des victimes. Elle était trop occupée à huer celui qui avait osé abordé autrement la question de la sécurité lors de cette réunion de "dialogue républicain"...

Peut-être alors, n’avons-nous pas la même conception de la République ?



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