Et aussi sur...

Interview au JDD : "Fabriquer la ville de demain"




Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, je suis revenue sur les projets d’urbanisme et d’architecture à Paris, notamment ceux ayant trait au nord-est parisien.


Que représente pour vous ce territoire du Nord-Est parisien ?

C’est un vaste morceau de ville en mutation, à cheval sur Paris, Aubervilliers et Saint-Denis. Malgré son rapport à la grande Histoire, de la Gaule antique à la Révolution industrielle, en passant par les rois de France, cette zone a été traitée de manière ingrate ces dernières décennies. Ces 250 hectares n’ont servi qu’à accueillir les logistiques urbaines, les réseaux, les entrepôts, les industries… Il était devenu inimaginable d’y développer une ville agréable. Heureusement, sa situation stratégique est redevenue évidente. Nous sommes arrivés à un moment où chacun a compris qu’il était indispensable de repenser ce territoire.

Un territoire déshérité qui s’apprête un vivre un « fabuleux destin »…

Le contexte est propice à une profonde transformation. Alors que les élus inventent la métropole, nous avons atteint une maturité politique qui nous permet de créer une continuité urbaine sur la base d’une vraie coopération intercommunale. Les populations nous demandent de lisser les frontières, d’établir des ponts. Fini le temps du chacun pour soi, de la concurrence, d’opposition frontale. Bertrand Delanoë, Jacques Salvator [maire d’Aubervilliers], Didier Paillard [maire de Saint-Denis] et Patrick Braouezec [président de la communauté d’agglomération Plaine Commune] sont dans une logique de complémentarité. Sans aller jusqu’à parler de miracle, ce qui en train de se produire était inespéré.

L’idée est de « reconstruire la ville sur la ville » ?

Quand c’est possible, oui. On ne détruit pas l’existant, on le transforme. On valorise l’histoire industrielle et faubourienne des lieux. Il s’agit de préserver la beauté du patrimoine industriel en lui donnant un caractère durable. Prenez l’entrepôt MacDonald : cet immense paquebot de béton va se métamorphoser en un nouveau quartier, traversé par le tramway, avec des logements, des commerces, des bureaux, une pépinière d’entreprise, des équipements de proximité (crèche, école, collège, gymnase)… Ce sera l’un des signaux repères de ce territoire. Plus que la simple réhabilitation d’un bâtiment industriel, c’est une véritable opération d’aménagement urbain. Le tramway, lui, est un projet structurant : il efface la frontière urbaine que constituent les boulevards des Maréchaux. Même chose avec le projet de gare des Mines-Fillettes, qui permettra une couverture du périphérique et donc un franchissement.

Au-delà de l’addition de projets urbanistiques, y a-t-il une dimension sociale ou « politique de la ville » dans cette vaste opération ?

Bien sûr. L’objectif, c’est l’humain. Les femmes et les hommes doivent pouvoir vivre et travailler agréablement dans ces quartiers. Il ne s’agit pas seulement de proposer de nouveaux objets ou de nouvelles formes urbaines, mais de fabriquer une ville humaine, en évitant, autant que possible, les zones de conflictualité. En même temps qu’on pense les espaces et les bâtiments, il faut penser à la vie qui va avec. On a essayé de ne pas plaquer un modèle étriqué ; peut-être que, plus tard, on viendra voir le Nord-Est parisien comme un endroit où quelque chose a été inventé.


Propos recueillis par Bertrand Greco.

Réagir à cet article

Espace privé
Conception et réalisation © La Fleur Design